Le Grenier de Boitsfort

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Vouloir en découdre !

ou comment rester élégante sous l’Occupation ?

La mode représente un enjeu culturel, social et économique certain dans le développement d’un pays. Ce peut être aussi un outil politique : expression de contestation, révolution bravant les interdits, la mode sous-tend comme tout art une formidable énergie de création, elle est un des mille visages de la liberté.

Le 17 juin 1940 le maréchal Pétain demande aux Allemands l’armistice. La France devient le fournisseur officiel du 3e Reich, elle procure à l’occupant, jusqu’à épuisement, ses ressources et ses produits finis pour alimenter le marché allemand. Les tissus précieux lyonnais sont réquisitionnés, les usines de parfums de Grasse sont contraintes de réduire leur production par manque de matières ; l’armée d’Hitler a grand besoin de cuir, de liège et de laine : les matières premières (coton des USA, laine d’Australie, soie d’Extrême-Orient) sont interdites d’importation en France.

Centre de la La Haute Couture, symbole de luxe et de raffinement, Paris dès l’armistice est occupée par les troupes ennemies. Le Reich veut faire de Berlin la capitale de la mode. Les maisons de Haute Couture déménagent à Lyon, berceau de la Résistance. Des collections tricolores à la création du bustier, la plupart des grands couturiers résistent. Les créateurs de mode sont obligés de récupérer le fil des vieux vêtements et de travailler de nouvelles matières telles que les fibres synthétiques auxquelles sont parfois mêlés les cheveux récupérés systématiquement chez les coiffeurs par décret gouvernemental.
La Haute Couture a toujours ses riches clientes, pour les autres, c’est la débrouille.

Dès le début des hostilités le tailleur s’impose et le gouvernement met en avant une mode géométrique et structurée. Tact, discrétion et sobriété sont les principales caractéristiques de la mode "adaptée" aux circonstances selon les exigences du régime de Vichy.
L’accessoire de mode le plus inventif et distingué est le chapeau, "petit bibi" haut perché sur la tête au début de la guerre, démesuré en 1944. Le foulard, lui, devient un instrument de propagande pétiniste illustrant le thème "Travail, famille, patrie" ou s’intitulant "Les Carrés du Maréchal".
La France manque cruellement de chaussures (surtout pour les enfants) par pénurie de cuir, les fabricants utilisent pneus, paille tressée ou raphia pour les ressemeler. À la campagne on chausse les sabots, à la ville les semelles en bois remportent un grand succès, tout comme la chanson du même nom de Maurice Chevalier. Un pied de nez à l’occupant : le petit bout de cuir cousu sur la pointe de la chaussure fabrication maison !

Les revues de mode dont Marie-Claire, Elle, Mode et Travaux conseillent leurs lectrices dans la confection de leurs vêtements et de leurs chaussures à partir de matériaux de récupération. Des cours de couture sont donnés aux filles dès l’école primaire.

En 1941 en plus du rationnement alimentaire et de celui des chaussures, s’ajoute "la carte de vêtements". La demande de ces bons d’achats est autorisée en dessous du minimum : « deux robes, deux tabliers ou blouses, un imperméable, deux paires de gants d’hiver, un manteau d’hiver, trois chemises de jour, deux combinaisons, trois culottes, six paires de bas, six mouchoirs ». Le marché noir se développe rapidement.
Se vêtir devient un casse-tête pour la majorité des Françaises. Se montrer coquette, un défi. Les marchés aux puces deviennent une alternative aux bons d’achats. Récupération, recyclage et transformation des vêtements font partie de la vie quotidienne. Absence de laine ? Les poils de chien feront l’affaire pour le tricot, mais sous la pluie quelle puanteur ! On taille les robes dans les tissus d’ameublement : Ma sœur était bien habillée, mais on n’avait plus de rideau. On détricote deux vieux chandails pour en faire un nouveau. On mélange des laines de différentes couleurs, on invente le « chiné ». Interdit le commerce des bas de soie, l’accessoire de mode le plus élégant ? Le thé ou le brou de noix teinte la peau et on se dessine sur la jambe nue la couture du bas de soie au crayon noir : voilà un bas qui ne file pas ! On recoupe les chemises et les vieux pantalons du mari parti au front : la mode se masculinise et pour imiter les militaires la carrure se renforce par des épaulettes. La fourrure de lapin est appréciée lors des hivers glacials. Les déplacements se font à vélo : c’est l’invention du capuchon pour contrer le froid. Le tailleur/jupe et la jupe-culotte se révèlent bien pratiques. Le turban fait son apparition : il ne s’envole pas. On se crochète un cabas avec de la ficelle. Souvent confectionné dans des tissus de récupération, le sac à main se porte en bandoulière, à fond double pour le transport de tracts et assez grand pour accueillir les trouvailles du marché noir.

Les hommes étant absents, les femmes subviennent aux besoins de la famille par leur travail. Responsabilités et conscience sociale, sentiment d’appartenance à une nation réveillent chez elles l’esprit patriotique. Les Françaises bravent les exigences vestimentaires et les restrictions du gouvernement. Elles s’habillent avec chic. L’ingéniosité des Parisiennes témoigne de leur dignité et de leur élégance.
Se vêtir devient un acte de résistance !


Références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mode_sous_l%27Occupation - http://marle.eklablog.com/mode-sous-l-occupation-c21188932 - http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-33919861.html - http://strabic.fr/La-mode-sous-l-Occupation - https://www.rue89lyon.fr/2014/01/02/la-mode-comme-la-guerre/ - http://www.ot-baieducotentin.fr/wp-content/uploads/2014/05/TUTO_tenues-et-coiffures-1940_WEB-ok-05-05-2014.pdf - https://issuu.com/libel/docs/libel_scso_issuu - https://www.20minutes.fr/mode/1392281-20140609-mode-sous-occupation-frivolite-resistance


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